OU ALLER ?
Une petite rue derrière l’Opéra. Une discrète devanture toute noire. Impossible de savoir que, derrière les vitres opaques de cet ancien restaurant italien, se cache, depuis quelques jours, un nouveau et curieux QG de la nuit parisienne. Soulevez l’épais rideau de velours et vous voilà… dans un cocon coco ! Portraits de Lénine, casquettes d’officiers, chansons russes…
“Bienvenue au Molotov !”
La patronne, Anna Sinkovska, mannequin ukrainienne aux jambes interminables, médailles soviétiques épinglées sur son spencer couture. “Ici, au rez-de-chaussée, c’est le Politburo, l’endroit où se tenaient les réunions du Parti communiste”, précise Anna.
Après avoir escaladé un escalier en colimaçon aussi étroit que pentu, au sommet duquel se trouve… un kommunalka, un de ces appartements communautaires qui existent encore à Saint-Pétersbourg et à Moscou. La pièce ressemble plus à un boudoir chic qu’à un intérieur modeste, une alcôve feutrée et satinée, éclairée à la seule lueur des bougies. Sur la coiffeuse trône le buste de Staline. Sous le regard du petit père des peuples, un groupe de copains imperturbables jouent aux cartes.
Le Politburo, un salon encore plus élégant, tout en rouge et noir, doté d’un coin bibliothèque avec des ouvrages du photographe Rodtchenko. Quelques-uns de ses clichés sont épinglés sur les murs près des diplômes de bons travailleurs soviétiques. Nous voici donc propulsés dans un autre temps, au pays des soviets, à deux pas de la place Vendôme ! Une ambiance nostalgique teintée d’ironie, arrosée d’un bon shot d’humour. Car, ici, les tsars, “ce sont le rire et la dérision”, souligne Anna. “Tous les mercredis, ici, c’est réveillon russe, on fête le Nouvel An soviétique avec des hymnes, des cotillons et de la vodka framboise. L’important, c’est de s’amuser et de ne surtout pas se prendre au sérieux, ajoute cette bombe de 28 ans. “Je voulais réunir ici la Pologne, l’Ukraine, la Tchéquie… et transmettre l’héritage que j’ai reçu à Odessa, à commencer par les recettes de ma famille.”
À quelle heure faut-il venir ? Vers 23 heures-minuit, le moment idéal pour déguster ces antipasti slaves, profiter de la quiétude de ce “Politbar” (encore confidentiel, fréquenté par quelques initiés et des danseuses russes du Moulin rouge) et, pourquoi pas, discuter à bâtons rompus des films et livres de Tarkovski et de Boulgakov avec Anna, intarissable sur le sujet. Certains soirs, des DJ mixent, on pousse les tables, et en piste !
Le Molotov tire ses rideaux à 2 heures. Mais il devrait bientôt rester ouvert une bonne partie de la nuit. En plus des expos photo nocturnes (inaugurées le 4 novembre prochain), Anna organisera des soirées thématiques (yougoslaves, par exemple), surtout le lundi quand de nombreux lieux sont fermés. On y dansera sur des tubes d’Anna German, chanteuse populaire polonaise, ou sur des remix pointus, en grignotant après 3 heures du matin les plats du jour typiques arrosés de Stolichnaya, l’une des plus célèbres vodkas russes, ou celle, venue d’Ukraine, au miel et aux piments…
Le Molotov. 4, rue de Port Mahon, Paris 2e.
Métro : Opéra et Quatre Septembre.
Tél. : 01 73 70 98 46.
Lundi-samedi, 18 heures-2 heures.